Mardi 20 octobre 2026 (10h-12h)
Intervenants : Sylvain Ballu (CEVA), François Oehler (SCHEME), Pierre-Emmanuel Oms (CEVA)
Résumé :
Comment l’état écologique de la baie de Douarnenez a-t-il évolué au cours des dernières décennies ? Quels changements peut-on observer dans les proliférations de macroalgues opportunistes, et que peut-on attendre pour les prochaines décennies ?
Les données disponibles pour décrire l’évolution de l’état écologique de la baie sont relativement disparates sur la période 1950-2026. Pour les périodes les plus anciennes, notamment les années 1950, des éléments historiques ont été recherchés a posteriori et présentés lors du premier webinaire de restitution, « Histoires d’apparitions ». Ces éléments témoignent d’une émergence précoce de proliférations de macroalgues, probablement dominées dans les années 50-60 par des algues filamenteuses, avant l’installation, plus massive des ulves dans les années 1980.
À partir des années 1990, les suivis spécifiques mis en place par le CEVA ont progressivement permis de mieux documenter ces phénomènes. Ils ont été renforcés et homogénéisés à l’échelle régionale en 2002 dans le cadre du programme Prolittoral, puis maintenus dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), au travers des contrôles de surveillance et opérationnels. Ces suivis permettent aujourd’hui de caractériser les fortes variations saisonnières et interannuelles des proliférations et de les mettre en lien avec les conditions environnementales.
Ces observations mettent notamment en évidence, depuis plusieurs années, une tendance à la diminution de l’intensité des échouages d’ulves dans la baie. Elles montrent également une évolution de la composition des proliférations, avec une substitution devenant fréquente, des ulves en lames « classiques » par d’autres algues filamenteuses vertes, brunes ou rouges. Cette évolution est à mettre en relation avec la diminution des flux d’azote arrivant à la baie, diminution qui est renforcée lors d’années de sécheresse estivale.
Comment expliquer ces évolutions et que peut-on attendre dans les prochaines décennies ?
Nous avons ainsi utilisé conjointement la modélisation des bassins versants, avec TNT2, et la modélisation de la baie, avec ECO-MARS3D-Ulves, pour aller au-delà de la seule description des observations. L’objectif est de mieux comprendre le fonctionnement de la baie, d’identifier les mécanismes qui contrôlent les proliférations et d’explorer les trajectoires possibles de son évolution à partir de différents scénarios d’évolution des pratiques agricoles. Cette partie présente une sélection des résultats issus des travaux de modélisation réalisés dans le cadre du Plan de Lutte contre la Prolifération des Algues Vertes (PLAV).
Le modèle TNT2 permet de décrire le fonctionnement des bassins versants et le lien entre les pratiques agricoles et les flux de nitrates arrivant aux différents exutoires de la baie. Sa calibration s’appuie notamment sur les données de suivi des concentrations en nitrate et des débits aux exutoires. Différents scénarios d’évolution des pratiques agricoles ont ainsi été testés afin d’estimer les concentrations et les flux susceptibles d’être observés dans les années à venir.
Le modèle MARS-Ulves, calibré sur les données d’observation des proliférations d’ulves sur la période 2012-2020, utilise ces chroniques issues de TNT2 pour évaluer l’impact des différents scénarios sur les proliférations. Les effets des scénarios varient selon les années et selon la position des sites le long du gradient nord-sud de la baie. L’intégration d’un facteur de « moindre précocité », attendu dans une situation future caractérisée par des flux d’azote durablement plus faibles, joue un rôle important dans l’évolution modélisée de l’intensité des proliférations.
Ces simulations permettent également de mettre en évidence les limites de notre capacité actuelle à représenter l’évolution de la baie. La substitution partielle des ulves par d’autres espèces d’algues filamenteuses, observée régulièrement depuis 2016 ne peut pas encore être explicitement représentée par le modèle. L’évolution future de l’état écologique de la baie ne peut donc pas être réduite à la seule évolution des échouages d’ulves.
Ces résultats seront présentés à la fois sous un angle quantitatif : combien d’azote ? pendant combien de temps ? quelle intensité de prolifération ? et qualitatif : comment la baie réagit-elle ? où les changements sont-ils les plus marqués ? pourquoi ?
Lien visioconférence (mardi 20 octobre 2026 10 – 12h) : https://webinaire.numerique.gouv.fr/meeting/signin/invite/90723/hash/fbd7356099c3673114565318fccd40f824509c52
